
Où s'installer
Le choix se fait sur six critères, et le soleil d'août n'en est pas un. Voici ceux qui comptent au bout de trois ans.
Presque tout le monde choisit sa région d'installation pendant des vacances d'été, et c'est la principale cause de déception. En août, toute l'Espagne côtière est agréable. Le tri se fait en février, quand il s'agit de savoir s'il fait quinze degrés ou six, et si le village est vivant ou fermé.
La bonne méthode est simple : visiter hors saison, et arbitrer sur six critères plutôt que sur une impression.
Les six critères
La Costa Blanca
D'Alicante à Dénia, c'est la région où les Français s'installent en plus grand nombre, et pour de bonnes raisons : le climat le plus stable du pays, avec des hivers autour de dix-sept degrés en journée et très peu de pluie, une densité de soins inhabituelle grâce à la population résidente, et un aéroport bien relié à la France.
Alicante est une vraie ville, avec université et hôpitaux. Dénia et Jávea, plus au nord, sont plus chères, plus vertes et adossées au Montgó. Torrevieja est la moins chère et la plus internationale, au point que certains quartiers fonctionnent entièrement en anglais.
Malaga et la Costa del Sol
Malaga a changé de nature en quinze ans : d'escale vers la Costa del Sol, elle est devenue une ville culturelle avec plusieurs musées majeurs, et un pôle technologique qui attire des centres de développement internationaux. C'est aujourd'hui la meilleure adresse d'Espagne côtière pour qui doit travailler sur place.
Le revers est le prix : les loyers de Malaga et de Marbella ont fortement augmenté, et la ville connaît les mêmes tensions sur le logement que Barcelone. Plus à l'est, autour de Nerja et Frigiliana, la côte est plus calme et moins bâtie.
Valence
C'est le meilleur rapport entre ville et coût du pays. Troisième ville d'Espagne, elle offre des hôpitaux, une université, des transports, une vie culturelle et une plage au bout du tramway, pour des loyers très inférieurs à ceux de Madrid et de Barcelone. L'aéroport dessert plusieurs villes françaises et Madrid est à une heure cinquante en train à grande vitesse.
Deux réserves : l'été y est lourd et humide, et l'automne est la saison des épisodes de pluie intense sur cette côte.
Murcie et la Costa Cálida
La région voisine d'Alicante offre le même climat pour des loyers sensiblement plus bas, et reçoit une fraction des visiteurs. La ville de Murcie est universitaire et animée, Cartagena possède un patrimoine romain remarquable, et la Mar Menor attire les familles, même si son état écologique reste fragile.
C'est le choix rationnel pour une retraite à budget serré, à condition d'accepter une offre culturelle et aérienne plus limitée qu'à Alicante.
Madrid et Barcelone
Madrid concentre les emplois qualifiés et les meilleures liaisons du pays, et n'a ni mer ni climat clément : plus de quarante degrés en été, sous zéro certaines nuits d'hiver. C'est une ville où l'on s'installe pour travailler, rarement pour le cadre.
Barcelone a tout, sauf du logement. La pénurie de baux longue durée y est devenue un problème politique majeur, les loyers ont fortement augmenté et trouver un appartement demande un dossier solide et plusieurs mois. Ce n'est pas un argument contre la ville, mais il faut y arriver averti.

Le nord vert
Le Pays basque, la Cantabrie, les Asturies et la Galice offrent quelque chose que la côte méditerranéenne n'a pas : des étés supportables, des paysages verts, une gastronomie exceptionnelle et une vie locale qui ne dépend pas de la saison.
Il faut en accepter le prix : de la pluie toute l'année, une mer froide, et, au Pays basque, des loyers proches de ceux de Barcelone. Pour un Français du Sud-Ouest, l'avantage est ailleurs : on est à deux heures de route de la frontière.
Les îles
Les Baléares ont le coût de la vie le plus élevé d'Espagne, et une crise du logement telle que le personnel de santé et les enseignants peinent à s'y loger. Tout est importé, donc plus cher, et la saisonnalité vide une partie des communes cinq mois par an. Palma fait exception et fonctionne comme une vraie ville toute l'année.
Les Canaries jouent une autre partition : un climat sans hiver, un régime fiscal spécifique hérité de leur situation ultrapériphérique, avec une taxe locale à la place de la TVA nationale, et une communauté d'étrangers installée de longue date. En contrepartie, l'éloignement est réel, et un aller-retour vers la France n'a rien d'un trajet du dimanche.
Dans les deux cas, la même question se pose : l'insularité. Choix médical limité hors des grandes villes, dépendance aux liaisons maritimes et aériennes, prix des billets en août, et un sentiment d'enfermement que beaucoup d'installés décrivent au bout de deux ou trois ans.
L'intérieur, et les villes moyennes
Presque tout le monde regarde la côte, et la côte est ce qui a le plus augmenté. À l'intérieur, des villes de taille moyenne offrent un niveau de services complet pour des prix sans commune mesure : Grenade, universitaire et à trente minutes du ski, Séville et Cordoue, dont seuls les étés sont un obstacle réel, Salamanque, Saragosse ou Valladolid, très bien reliées par le train à grande vitesse.
L'Espagne connaît par ailleurs un phénomène de dépopulation rurale que l'on appelle sur place l'España vaciada, l'Espagne vidée : des provinces entières, en Castille, en Aragon et à Teruel, comptent moins de dix habitants au kilomètre carré. Les prix de l'immobilier y sont dérisoires, et plusieurs communes proposent des aides à l'installation. C'est un vrai projet, pas une bonne affaire : services rares, hôpital lointain, hivers rigoureux.

Les erreurs classiques
Tester une région avant de s'engager
Questions fréquentes sur où vivre en Espagne
Où vivre en Espagne quand on est français ?
La Costa Blanca, autour d'Alicante, Dénia et Jávea, reste le premier choix : le climat le plus stable du pays, une offre de soins dense, un aéroport bien relié à la France et une communauté francophone installée. Valence convient mieux à qui veut une vraie ville, Malaga à qui travaille, et la région de Murcie à qui cherche le budget le plus bas.
Quelle est la région la moins chère d'Espagne pour s'installer ?
La région de Murcie et l'intérieur de l'Andalousie et de l'Estrémadure. Sur le littoral, la Costa Cálida et l'arrière-pays d'Alicante et d'Almería restent nettement plus abordables que Barcelone, Madrid, le Pays basque ou les Baléares. L'écart tient presque uniquement au loyer : le reste des dépenses varie peu d'une région à l'autre.
Quelle ville d'Espagne a le meilleur climat ?
Alicante et sa région, avec des hivers autour de dix-sept degrés en journée, très peu de pluie et une amplitude annuelle faible. Malaga suit de près, avec davantage de chaleur en été. Ce sont les deux zones où l'on peut réellement vivre dehors une grande partie de l'année, ce qui est souvent le motif premier de l'installation.
Vaut-il mieux vivre à Madrid ou sur la côte espagnole ?
Madrid si vous travaillez : c'est là que se trouvent les emplois et les meilleures liaisons ferroviaires. La côte si vous apportez un revenu, retraite ou télétravail. Le climat continental madrilène est rude aux deux extrémités de l'année, l'été dépassant quarante degrés et l'hiver descendant sous zéro, et la ville n'a pas de mer.
Faut-il choisir une ville avec une communauté française ?
C'est un vrai confort la première année, pour les démarches, l'école et les médecins francophones. C'est un piège au bout de trois ans : les zones où l'on vit entièrement entre expatriés, autour de Torrevieja par exemple, permettent de ne jamais apprendre l'espagnol, ce qui finit par limiter le travail, les soins et les amitiés.



