Le musée Guggenheim de Bilbao au bord du Nervión, l'araignée Maman de Louise Bourgeois devant les coques de titane

Bilbao

Une ville sidérurgique en faillite qui a parié sur un musée, gagné, et découvert ensuite qu'elle valait mieux que son musée.

1997
l'ouverture du Guggenheim
2 j
pour voir l'essentiel
15 km
de la mer
1 200 mm
de pluie par an

Dans les années quatre-vingt, Bilbao était une ville de chantiers navals fermés, de hauts fourneaux à l'arrêt et d'un fleuve mort. La municipalité a alors fait un pari que tout le monde jugeait absurde : payer une fondation américaine pour construire un musée d'art contemporain au bord de ce fleuve.

Le pari a si bien fonctionné qu'il a donné son nom à une notion d'urbanisme, l'effet Bilbao. Mais la ville a changé bien au-delà du musée, et c'est ce que la plupart des visites de deux heures manquent.

Le Guggenheim

Comptez deux heures à l'intérieur, et autant dehors. Le bâtiment est la pièce principale.

Frank Gehry a dessiné un volume de coques de titane qui change de couleur avec la lumière et le ciel : doré au soleil couchant, gris argent sous la pluie, ce qui arrive souvent. Sa forme est censée évoquer un navire, en mémoire des chantiers qui occupaient la rive.

À l'intérieur, l'œuvre à ne pas manquer est La Matière du temps de Richard Serra, un ensemble de spirales d'acier corten qu'on traverse à pied et dans lesquelles on perd très vite le sens de l'orientation. La collection permanente, elle, est modeste : le musée vit de ses expositions temporaires, à vérifier avant de venir.

Guggenheim et visites de Bilbao

Le musée ferme le lundi hors été, et la file du guichet dépasse la demi-heure le week-end. Le billet horodaté règle les deux.

Guggenheim de Bilbao : visite guidée en petit groupe

4,4 (708 avis) · 2 à 2,5 h · annulation gratuite

95 € par personneprix de départ relevé le 2 septembre 2026

Ce que la ville a d'autre

Le musée des Beaux-Arts

À cinq minutes à pied du Guggenheim, il possède une collection très supérieure à celle de son voisin : primitifs flamands, Le Greco, Goya, Gauguin, Bacon, et une salle consacrée aux peintres basques. L'entrée coûte une fraction du prix, et il est presque toujours calme. C'est le meilleur rapport du séjour.

Azkuna Zentroa

Un entrepôt à vin de 1909 vidé et réaménagé par Philippe Starck. Le bâtiment repose sur quarante-trois colonnes toutes différentes, chacune citant une époque de l'histoire de l'architecture. Au dernier étage, une piscine à fond de verre laisse voir les nageurs depuis le hall. L'accès au rez-de-chaussée est libre.

Le funiculaire d'Artxanda

Trois minutes de montée pour la seule vue d'ensemble de la ville : on comprend d'un coup d'œil que Bilbao est au fond d'une cuvette, serrée entre des collines vertes, et pourquoi elle s'est développée le long de son fleuve. Le billet coûte quelques euros et le funiculaire fonctionne depuis 1915.

Le Casco Viejo

La vieille ville s'est construite autour de sept rues, les Siete Calles, tracées au quatorzième siècle. On y trouve la cathédrale Santiago, étape du chemin de Saint-Jacques côtier, et la Plaza Nueva, place néoclassique entièrement fermée par des arcades, où se tient un marché aux livres et aux timbres le dimanche matin.

Le Mercado de la Ribera, au bord de l'eau, est l'un des plus grands marchés couverts d'Europe, dans un bâtiment des années trente aux allures de paquebot. Le rez-de-chaussée est un marché de produits, l'étage un ensemble de comptoirs où l'on déjeune debout.

Le marché de la Ribera

Au bord de l'eau, dans un bâtiment des années trente aux allures de paquebot échoué, l'un des plus grands marchés couverts d'Europe. Le rez-de-chaussée vend des produits, l'étage aligne des comptoirs où l'on déjeune debout pour une quinzaine d'euros. C'est plus honnête et bien moins cher que les terrasses de la Plaza Nueva.

Le théâtre Arriaga et la cathédrale

À la charnière entre la vieille ville et le fleuve, l'Arriaga est un théâtre à l'italienne de 1890, inspiré de l'Opéra de Paris, brûlé puis reconstruit à l'identique. La cathédrale Santiago, au cœur des Siete Calles, est une étape du chemin de Saint-Jacques côtier : son cloître gothique se visite et l'on y tamponne les credenciales.

Le chemin de Saint-Jacques

Une rue piétonne du Casco Viejo de Bilbao, ses miradores vitrés colorés et une enseigne portant le nom Las 7 Calles
Les Siete Calles, les sept rues tracées au quatorzième siècle autour desquelles la ville s'est construite.

L'Ensanche et Abandoibarra

De l'autre côté du fleuve, la ville du dix-neuvième siècle et celle des trente dernières années se répondent.

L'Ensanche est l'extension bourgeoise construite après 1876, quand le fer de Biscaye a enrichi la ville : avenues larges, immeubles à miradores, et la Gran Vía qui la traverse d'un bout à l'autre. C'est là qu'on fait ses courses et qu'on mange le midi.

Abandoibarra, l'ancienne zone portuaire entre le Guggenheim et l'université, est le laboratoire de la reconversion : la tour Iberdrola de César Pelli, cent soixante-cinq mètres et point le plus haut du Pays basque, et le Zubizuri, passerelle blanche de Calatrava dont le tablier de verre s'est révélé glissant sous la pluie basque et a dû être recouvert. La ville et l'architecte se sont retrouvés au tribunal : c'est une bonne image de ce que coûte parfois une signature.

Les pintxos, à la mode de Bilbao

Bilbao a la même culture du comptoir que San Sebastián, en moins mise en scène et nettement moins chère. On change de bar à chaque tournée, on commande une zurito, un fond de bière, pour ne pas se remplir, et on paie à la fin en annonçant ce qu'on a pris.

Trois adresses de rues plutôt que de bars : la Plaza Nueva et ses arcades, la calle Ledesma côté ville neuve, et la calle Diputación. Goûtez la morue au pil-pil, le txuleta de bœuf vieilli, et buvez du txakoli, blanc légèrement pétillant qu'on verse de haut.

Les plats espagnols qui comptent

Le pont de Biscaye

Entre Portugalete et Getxo, à l'embouchure du fleuve, le Puente Bizkaia est le plus ancien pont transbordeur du monde, mis en service en 1893 et toujours en fonction. Une nacelle suspendue à un tablier de cinquante mètres de haut traverse l'estuaire toutes les huit minutes, avec voitures et passagers à bord. Il est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

La traversée en nacelle coûte moins d'un euro et dure une minute et demie. Un autre billet donne accès à la passerelle supérieure, à parcourir à pied : c'est la meilleure vue sur l'estuaire et sur les grues qui restent.

Les quais arcadés du Nervión à Bilbao sous un ciel gris d'automne, immeubles colorés reflétés dans l'eau
Le Nervión, mort dans les années quatre-vingt, assaini depuis. La ville s'est reconstruite en lui tournant à nouveau le visage.

Autour de Bilbao

Trois sorties d'une demi-journée, toutes accessibles sans passer la nuit ailleurs.

Guernica, à trente minutes

La ville bombardée le 26 avril 1937 par l'aviation allemande et italienne, un jour de marché. Sur place, l'essentiel n'est pas le souvenir du bombardement mais ce qui l'a précédé : la Casa de Juntas et le chêne de Guernica, sous lequel les seigneurs de Biscaye juraient de respecter les libertés locales. C'est le lieu symbolique des libertés basques, et c'est pour cela qu'il a été visé. Le train régional y mène en une heure.

Gaztelugatxe et la côte

Un ermitage posé sur un îlot, relié à la côte par un pont de pierre et un escalier de deux cent quarante et une marches qui serpente sur une arête. La tradition veut qu'on sonne trois fois la cloche en arrivant. Le site est très fréquenté depuis qu'une série télévisée s'en est servie comme décor : l'accès est régulé et se réserve à l'avance. En chemin, Bermeo et son port de pêche, et Mundaka, dont la gauche est l'une des vagues les plus réputées d'Europe.

La Rioja alavaise, à une heure

La partie basque du vignoble de la Rioja, où deux bodegas ont fait appel à des architectes de premier plan : Frank Gehry pour Marqués de Riscal à Elciego, dont les rubans de titane rose répondent à ceux du Guggenheim, et Santiago Calatrava pour Ysios. Le village fortifié de Laguardia, entièrement creusé de caves sous ses rues, est le meilleur point de départ.

À table

Bilbao mange comme San Sebastián, en moins mis en scène et nettement moins cher.

Deux plats portent la cuisine biscaïenne, et tous deux sont de la morue. Le bacalao al pil-pil ne contient que morue, ail, piment et huile d'olive : c'est la gélatine du poisson qui, remuée à froid dans l'huile, monte en émulsion. Le bacalao a la vizcaína l'accompagne d'une sauce rouge de poivrons choriceros, sans tomate malgré la couleur.

Le reste suit : la txuleta, côte de bœuf vieilli saisie sur braises et servie saignante, le marmitako, ragoût de thon et de pommes de terre né sur les bateaux, et les kokotxas, gorges de merlu au collagène fondant. À boire, le txakoli, blanc légèrement pétillant qu'on verse de haut pour l'aérer, et le cidre des vallées voisines.

Une institution mérite d'être connue même si l'on n'y entre pas : les sociedades gastronómicas, ces clubs privés où les membres cuisinent eux-mêmes et paient ce qu'ils ont consommé. Longtemps fermés aux femmes, ils restent inaccessibles sans invitation.

Les plats espagnols qui comptent

Bilbao n'est pas au bord de la mer

La ville se trouve à une quinzaine de kilomètres de la côte, au fond de l'estuaire, et n'a aucune plage. La ligne 1 du métro règle la question : Getxo et ses villas d'armateurs en vingt minutes, Sopelana et ses falaises en trente, Plentzia et sa baie abritée au bout de la ligne.

Plus à l'est, l'ermitage de San Juan de Gaztelugatxe, relié à la côte par un escalier de deux cent quarante et une marches sur une arête rocheuse, est devenu très fréquenté depuis qu'une série télévisée l'a utilisé comme décor : l'accès y est régulé et se réserve à l'avance.

Quand venir, et par où arriver

Juin et septembre sont les meilleurs mois : autour de vingt-cinq degrés, sans la foule d'août. La Aste Nagusia, la grande semaine de fêtes, occupe la mi-août et transforme la ville, avec des tarifs d'hôtel à l'avenant.

L'aéroport de Loiu, dessiné par César Pelli et surnommé La Paloma pour sa forme d'oiseau, est à douze kilomètres et relié par bus en vingt minutes. Depuis la France, la frontière d'Hendaye est à une heure trente de route, et San Sebastián à une heure quinze en bus.

Questions fréquentes sur Bilbao

Que faire à Bilbao en deux jours ?

Une demi-journée pour le Guggenheim et les œuvres extérieures, une autre pour le musée des Beaux-Arts et le funiculaire d'Artxanda. Le second jour pour le Casco Viejo, le marché de la Ribera et une tournée de pintxos, avec une échappée en métro jusqu'au pont de Biscaye à Portugalete. Deux jours pleins suffisent largement.

Est-ce que Bilbao vaut le coup ?

C'est la reconversion urbaine la plus réussie d'Europe : une ville sidérurgique et portuaire en faillite dans les années quatre-vingt, devenue en vingt ans une destination culturelle. Le Guggenheim en est le symbole, mais la ville tient sans lui, par sa vieille ville, sa cuisine et son estuaire assaini. Elle se visite en un long week-end.

Est-ce que Bilbao est au bord de la mer ?

Non. La ville est à une quinzaine de kilomètres de l'embouchure, au fond d'un estuaire, et n'a pas de plage. Celles de Getxo, Sopelana et Plentzia se rejoignent en vingt à trente-cinq minutes de métro, ligne directe depuis le centre. Beaucoup de visiteurs découvrent ce détail une fois sur place.

Quelle est la meilleure période pour visiter Bilbao ?

De mai à septembre, avec juin et septembre en tête. Le climat est atlantique, donc vert et pluvieux toute l'année : il tombe autour de mille deux cents millimètres d'eau par an, plus qu'à Brest. La chaleur reste modérée en été, autour de vingt-cinq degrés, ce qui en fait une destination confortable quand l'Andalousie est irrespirable.

Faut-il réserver le Guggenheim à l'avance ?

En haute saison et le week-end, oui, pour éviter une file d'une trentaine de minutes. Le musée ferme le lundi hors saison estivale. Les œuvres les plus photographiées, le Puppy de Jeff Koons, l'araignée Maman de Louise Bourgeois et la sculpture de brouillard, sont dehors et se voient sans billet.