La côte basque près de Gaztelugatxe, l'îlot d'Aketx et l'escalier de pierre sous un ciel couvert

Le Pays basque espagnol

Une Espagne verte, pluvieuse et froide de mer, qui ne ressemble à aucune image du pays. C'est ce qui la rend indispensable.

1 h 15
de Bilbao à San Sebastián
4 j
pour l'essentiel
241
marches à Gaztelugatxe
Vitoria
la capitale, pas Bilbao

Le Pays basque espagnol tient dans un mouchoir : trois provinces, un peu plus de sept mille kilomètres carrés, et deux villes majeures séparées d'une heure quinze. On en fait le tour en quatre jours, ce qui en fait l'une des régions les plus rentables du pays en temps de voyage.

Ce qu'on y trouve ne correspond à aucun cliché espagnol : des collines vertes, une mer froide, de la pluie fine et une langue sans parenté connue. C'est un autre pays à l'intérieur du pays.

Bilbao et San Sebastián

Elles se complètent plus qu'elles ne se ressemblent, et il n'y a aucune raison de choisir.

Bilbao est une ville de reconversion : chantiers navals fermés, fleuve assaini, et un musée qui a suffi à retourner son image en vingt ans. Elle est plus grande, plus urbaine, moins chère, et son Casco Viejo se boit debout, de bar en bar.

San Sebastián est une ville de villégiature : une baie en forme de coquillage, une promenade Belle Époque, et la plus forte densité de comptoirs à pintxos du monde. Elle est aussi la plus chère d'Espagne pour dormir.

La côte

San Juan de Gaztelugatxe

Un ermitage posé sur un îlot relié à la côte par un pont de pierre et un escalier de deux cent quarante et une marches qui serpente sur une arête rocheuse. La tradition veut qu'on sonne trois fois la cloche en arrivant. Le site est devenu très fréquenté depuis qu'une série télévisée s'en est servie comme décor : l'accès est désormais régulé et se réserve à l'avance.

Les villages de pêcheurs

Getaria, patrie d'Elcano, premier homme à avoir bouclé le tour du monde, et du couturier Balenciaga qui y a son musée ; on y grille le poisson entier sur des braseros installés dans la rue. Mundaka, dont la gauche est l'une des vagues les plus réputées d'Europe. Et Lekeitio, Bermeo, Zarautz et sa longue plage de surf.

Le flysch de Zumaia sur la côte basque, ses strates rocheuses inclinées peignées vers la mer à marée basse
Le flysch de Zumaia à marée basse. Chaque lame de roche est une couche de sédiment, et l'ensemble raconte soixante millions d'années à la file.

Le flysch, entre Deba et Zumaia

La côte basque conserve l'une des archives géologiques les plus lisibles au monde, et elle se parcourt à pied.

Sur treize kilomètres, la falaise expose des milliers de couches de roche redressées presque à la verticale, puis rabotées par la mer. Chacune correspond à un dépôt marin, et l'empilement couvre une soixantaine de millions d'années sans interruption. Les géologues viennent y lire la limite Crétacé-Paléogène, la fine couche d'argile enrichie en iridium qui marque l'extinction des dinosaures : elle est ici visible à l'œil nu, et le site fait référence dans le monde entier.

On y accède depuis la plage d'Itzurun, à Zumaia, à marée basse uniquement, ou par le sentier de crête qui relie Deba à Zumaia en cinq heures de marche. L'ermitage de San Telmo, posé au bord de la falaise, apparaît dans plusieurs films et séries tournés sur cette côte.

Guernica

La ville a été bombardée par l'aviation allemande et italienne appuyant les forces de Franco, un jour de marché. L'événement a fourni son sujet à Picasso, dont la toile est aujourd'hui au Reina Sofía de Madrid, et il a fait de Guernica un nom connu partout.

Sur place, l'essentiel n'est pas le souvenir du bombardement mais ce qui l'a précédé : la Casa de Juntas et le chêne de Guernica, sous lequel les seigneurs de Biscaye juraient historiquement de respecter les libertés locales. C'est le lieu symbolique des libertés basques, et c'est pour cela qu'il a été visé.

Le Guernica, au Reina Sofía

Vitoria et la Rioja alavaise

Vitoria-Gasteiz est la capitale de la communauté autonome, ce que presque personne ne sait. Sa vieille ville médiévale dessine une amande sur une colline, sa cathédrale se visite en plein chantier de restauration, ouvert au public depuis des décennies, et la ville a été désignée capitale verte européenne en 2012 pour sa ceinture de parcs.

Au sud, la Rioja alavaise est la partie basque du vignoble de la Rioja. Deux bodegas y ont fait appel à des architectes de premier plan : Frank Gehry pour Marqués de Riscal, à Elciego, et Santiago Calatrava pour Ysios. Le village fortifié de Laguardia, entièrement creusé de caves sous ses rues, est le meilleur point de départ.

La région se parcourt en voiture

Bilbao et San Sebastián sont reliées par bus toutes les demi-heures, mais la côte, la Rioja alavaise et les villages de l'intérieur ne se desservent pas autrement qu'en voiture.
Le musée Guggenheim de Bilbao au bord du Nervión, ses volumes de titane et l'arc rouge du pont de La Salve
Le Guggenheim et l'arc rouge que Daniel Buren a posé sur le pont de La Salve. Le titane a été choisi parce qu'il change de couleur avec le ciel.

L'euskara

Le basque est une langue isolée : on ne lui connaît de parenté avec aucune autre langue vivante ou morte. Elle était parlée dans la région avant l'arrivée des langues indo-européennes, et elle y est restée.

Concrètement, chaque lieu porte deux noms, souvent affichés ensemble : Saint-Sébastien et Donostia, Bilbao et Bilbo, Vitoria et Gasteiz, Guernica et Gernika. Aucune difficulté pratique pour un visiteur, l'espagnol étant parlé partout, mais cela explique la signalétique et le sentiment très net d'être ailleurs.

À table

La région concentre l'une des plus fortes densités de restaurants étoilés au monde rapportée à sa population, mais le vrai sujet est en dessous : les pintxos, qu'on mange debout en changeant de bar à chaque tournée, la txuleta de bœuf vieilli grillée sur braises, la morue au pil-pil, et le txakoli, blanc légèrement pétillant qu'on verse de haut.

Une institution mérite d'être connue : les cidreries, les sagardotegi, ouvertes de janvier à avril autour d'Astigarraga. On y mange un menu unique debout, et l'on remplit son verre directement au tonneau lorsque le patron crie txotx.

Les plats espagnols qui comptent

Un caserío basque à toit de tuiles rouges posé sur des collines vertes, adossé à une forêt
Le caserío, ferme-maison qui porte son propre nom. Ce nom désignait la famille avant le patronyme, et beaucoup de noms basques viennent de là.

Fêtes et sports ruraux

Le calendrier basque tient sur des fêtes urbaines énormes et sur des sports que l'on ne pratique nulle part ailleurs.

L'Aste Nagusia de Bilbao, à la mi-août, est la plus grande fête du nord de l'Espagne : neuf jours, des dizaines de txosnas, ces buvettes tenues par des associations de quartier, et une géante de carton nommée Marijaia qu'on brûle à la fin. La Semana Grande de San Sebastián se tient la même semaine, avec un concours international de feux d'artifice tiré au-dessus de la baie.

En janvier, la Tamborrada de San Sebastián fait battre le tambour à la ville entière pendant vingt-quatre heures d'affilée, du 19 minuit au 20 minuit. C'est une commémoration d'occupation napoléonienne devenue la plus grande fête locale de l'année, et les visiteurs y sont rares parce que la date est mauvaise.

La Cantabrie

La province voisine prolonge la même Espagne verte. Santander a une longue plage urbaine, le Sardinero, et un centre reconstruit après l'incendie de 1941. Comillas abrite El Capricho, l'une des rares œuvres de jeunesse de Gaudí hors de Catalogne. Santillana del Mar est un village médiéval entièrement conservé.

Et surtout Altamira, dont les peintures rupestres, vieilles de plus de dix mille ans, ont été surnommées la chapelle Sixtine de la préhistoire. La grotte d'origine est fermée pour la préserver : on visite une reproduction intégrale, la néocueva, qui vaut largement le détour. Plus au sud commencent les Picos de Europa.

Quand venir

Juin et septembre sont les meilleurs mois. Mais le Pays basque a un avantage propre : c'est la destination espagnole de juillet et d'août, quand l'intérieur du sud devient invivable. Vingt-cinq degrés, du vert, et une mer fraîche. Deux dates remplissent tout : la Semana Grande de la mi-août dans les deux villes, et le festival du film de San Sebastián fin septembre.

Arriver et circuler

Deux villes reliées toutes les demi-heures, et tout le reste qui demande une voiture.

Depuis la France, on entre par Hendaye : l'Euskotren dessert la côte jusqu'à San Sebastián en une demi-heure, et le TGV met Hendaye à quatre heures trente de Paris. L'aéroport de Bilbao est le mieux desservi de la région, celui de Biarritz le plus proche de San Sebastián, à quarante-cinq minutes de bus direct.

Entre les deux villes, le bus part toutes les trente minutes et met une heure quinze pour une douzaine d'euros. C'est plus rapide et plus fréquent que le train. Pour Gaztelugatxe, la Rioja alavaise, le flysch ou les villages de l'intérieur, la voiture n'a pas d'alternative crédible.

Où dormir à San Sebastián

Questions fréquentes sur le Pays basque espagnol

Que voir au Pays basque espagnol ?

Bilbao et son Guggenheim, San Sebastián et sa baie, l'ermitage de San Juan de Gaztelugatxe et ses 241 marches, Guernica et son arbre, et les villages de pêcheurs de la côte, Getaria, Lekeitio, Mundaka. À l'intérieur, Vitoria-Gasteiz, la capitale, et les bodegas de la Rioja alavaise complètent le tableau.

Combien de jours faut-il pour visiter le Pays basque espagnol ?

Quatre à cinq jours suffisent pour l'essentiel : deux à Bilbao, deux à San Sebastián, et une journée pour la côte entre les deux. Une semaine permet d'ajouter Vitoria, la Rioja alavaise et une incursion en Cantabrie. Les distances sont courtes, une heure quinze séparant les deux grandes villes.

Quelle est la capitale du Pays basque espagnol ?

Vitoria-Gasteiz, et non Bilbao, contrairement à ce que la plupart des visiteurs supposent. C'est le siège du gouvernement basque et du parlement. La ville est aussi la moins touristique des trois, avec une vieille ville médiévale en forme d'amande et une politique environnementale qui lui a valu le titre de capitale verte européenne en 2012.

Parle-t-on français au Pays basque espagnol ?

Peu, en dehors de San Sebastián et des zones touristiques proches de la frontière. Les langues officielles sont l'espagnol et l'euskara, le basque, qui n'a de parenté avec aucune autre langue connue. Signalétique et noms de lieux sont souvent bilingues, ce qui explique qu'une même ville porte deux noms, Saint-Sébastien et Donostia, Bilbao et Bilbo.

Quelle est la meilleure période pour visiter le Pays basque espagnol ?

De mai à septembre, avec juin et septembre en tête. Le climat est atlantique, donc pluvieux toute l'année, mais les températures restent modérées, autour de vingt-cinq degrés en été. C'est précisément la destination espagnole à choisir en juillet et en août, quand l'Andalousie devient irrespirable.