
Le Camino de Santiago
Six routes, de 120 à plus de mille kilomètres. Ce qu'elles ont de différent, comment choisir la sienne, et ce qu'il faut vraiment pour partir.
Le Camino n'est pas un sentier mais un faisceau : des dizaines de routes convergent depuis toute l'Europe vers Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, où la tradition situe le tombeau de l'apôtre Jacques.
Six d'entre elles concentrent l'essentiel des marcheurs. Elles n'ont presque rien en commun : de 120 à plus de mille kilomètres, de la plaine castillane à la montagne asturienne, du chemin saturé au sentier où l'on croise trois personnes par jour.
Les six chemins
| Route | Distance | Durée | Monde | Caractère |
|---|---|---|---|---|
| Camino Francés | 780 km | 5 semaines | Très fréquenté | Le mieux équipé, un albergue tous les 5 à 10 km |
| Camino Portugués | 240 km depuis Porto | 12 jours | Fréquenté | Le plus accessible, en partie le long de la côte |
| Camino del Norte | 825 km | 5 à 6 semaines | Modéré | La côte atlantique, exigeant, beaucoup de dénivelé |
| Camino Primitivo | 320 km | 2 semaines | Modéré | Le plus ancien et le plus montagneux, depuis Oviedo |
| Vía de la Plata | 1 000 km | 7 semaines | Très faible | De Séville au nord, presque vide, chaleur écrasante l'été |
| Camino Inglés | 120 km | 5 à 6 jours | Faible | Depuis Ferrol, le plus court qui donne droit à la Compostela |
Source · Distances indicatives, variables selon les points de départ et les variantes.
Choisir sa route
Combien de temps avez-vous ?
Une semaine impose les cent derniers kilomètres, depuis Sarria sur le Francés ou Tui sur le Portugués, ou bien le Camino Inglés en entier. Deux semaines ouvrent le Portugués depuis Porto ou le Primitivo. Cinq semaines, le Francés ou le Norte complets.
Cherchez-vous la compagnie ou la solitude ?
Le Francés est une route sociale : on y retrouve les mêmes visages de jour en jour, et les repas du soir se prennent à plusieurs. Le Norte et surtout la Vía de la Plata sont l'inverse ; sur cette dernière, on peut marcher une journée entière sans croiser personne.
Quel niveau physique ?
Le Portugués est le plus doux, presque plat sur sa moitié côtière. Le Francés est modéré, avec deux montées sérieuses. Le Primitivo et le Norte demandent un vrai entraînement : dénivelé quotidien important et étapes plus longues entre les hébergements.

Quand partir
Le printemps et l'automne
Mai, juin et septembre sont les meilleures fenêtres : des températures tenables, des journées longues, tous les albergues ouverts, et une fréquentation forte mais pas encore saturée. Avril et octobre marchent aussi, avec plus de pluie en Galice et des étapes de montagne parfois humides.
L'été, à éviter si possible
Juillet et août concentrent le plus de marcheurs, et la meseta castillane, sans ombre, y dépasse régulièrement trente-cinq degrés l'après-midi. Sur les cent derniers kilomètres depuis Sarria, les albergues municipaux affichent complet avant midi et l'on marche en file. Ceux qui n'ont que ces dates partent à cinq ou six heures du matin et s'arrêtent avant midi.
L'hiver
De novembre à mars, le chemin est presque vide, ce qui en fait la période la plus proche de l'idée qu'on s'en fait. En échange, beaucoup d'albergues privés ferment, les journées sont courtes, et deux passages de montagne, celui de Roncevaux et le col d'O Cebreiro en Galice, peuvent être enneigés et dangereux. Ce n'est pas un premier Camino.
Mille deux cents ans de chemin
La découverte supposée du tombeau de l'apôtre Jacques, au début du neuvième siècle, fait naître un pèlerinage qui devient l'un des trois grands de la chrétienté, avec Rome et Jérusalem. Au douzième siècle, des centaines de milliers de personnes s'y engagent chaque année, et tout un réseau de ponts, d'hôpitaux et de monastères se bâtit pour les accueillir. Le Parador de Saint-Jacques, ancien hôpital des pèlerins de 1499, en est le dernier témoin encore en activité.
Le chemin décline ensuite pendant des siècles, jusqu'à presque disparaître. Sa renaissance date des années 1980, avec le balisage à la flèche jaune et l'inscription au patrimoine mondial. Le nombre de marcheurs est passé de quelques centaines par an à plusieurs centaines de milliers.
Ce qu'il faut pour partir
Côté budget, comptez 30 à 40 euros par jour en dormant en albergue et en prenant le menu du pèlerin, servi partout le long du Francés. Un Camino Francés complet revient donc à 1 000 ou 1 200 euros, transport non compris.
Le faire autrement
En plusieurs fois
Rien n'oblige à tout faire d'un coup. Beaucoup de marcheurs découpent le Francés en quatre ou cinq séjours d'une semaine, étalés sur plusieurs années, en reprenant chaque fois là où ils s'étaient arrêtés. La credencial reste valable d'une fois sur l'autre, et le compte des cent derniers kilomètres est le seul qui doive être continu.
À vélo
Le seuil pour la Compostela passe alors à deux cents kilomètres. Le Francés se fait en douze à quinze jours en VTT, avec des variantes routières là où le sentier est trop technique. Les albergues accueillent les cyclistes, mais souvent après les marcheurs, en fin d'après-midi : c'est la règle du chemin, et elle ne se discute pas.
Sans porter son sac
Des services de transporte de mochilas déplacent le sac d'étape en étape pour cinq à huit euros, sur tout le Francés et une bonne partie des autres routes. On marche alors avec un petit sac de journée. Certains puristes le désapprouvent ; cela permet surtout à des marcheurs qui ne pourraient pas porter quinze kilos de faire le chemin, et c'est ce qui compte.

L'arrivée, et après
La Compostela se retire à l'Oficina del Peregrino, à deux pas de la cathédrale. Elle est gratuite, rédigée en latin, et l'attente peut dépasser deux heures en été : un système de ticket numérique évite de faire la queue debout. Un certificat de distance payant peut y être ajouté.
La messe du pèlerin a lieu chaque jour à midi, et l'on y annonce les nationalités et les points de départ des arrivants de la veille. Le botafumeiro, l'encensoir géant de cinquante-trois kilos que huit hommes lancent en travers du transept, ne fonctionne pas à chaque messe : il est prévu à certaines dates liturgiques, et sinon financé par des donations privées annoncées à l'avance.
Beaucoup prolongent ensuite jusqu'à Fisterra et Muxía, trois à quatre jours de marche supplémentaires jusqu'à l'océan. C'est le seul tronçon du Camino qui s'éloigne de Saint-Jacques au lieu d'y mener, et il a sa propre Compostela, la Fisterrana. La tradition de brûler ses vêtements sur la falaise est aujourd'hui interdite pour risque d'incendie.
Questions fréquentes sur le Camino de Santiago
Quelle est la longueur du Camino de Santiago ?
Il n'y a pas une longueur mais six. Le Camino Francés, le plus emprunté, fait environ 780 kilomètres depuis Saint-Jean-Pied-de-Port. La Vía de la Plata, la plus longue, dépasse 1 000 kilomètres depuis Séville. Le Camino Inglés, le plus court à donner droit au certificat, en fait 120 depuis Ferrol. Cent kilomètres à pied suffisent dans tous les cas pour obtenir la Compostela.
C'est quoi le Camino de Santiago ?
Un réseau de chemins de pèlerinage convergeant vers Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice, où la tradition situe le tombeau de l'apôtre Jacques. Il est parcouru depuis le neuvième siècle, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, et rassemble aujourd'hui autant de marcheurs venus pour la randonnée ou pour une pause dans leur vie que de pèlerins au sens religieux.
Pourquoi faire le Camino de Santiago ?
Les motivations recensées à l'arrivée se répartissent à peu près également entre religieuses, spirituelles sans être confessionnelles, et purement sportives ou culturelles. Ce qui revient dans presque tous les récits, en revanche, c'est le rythme : marcher chaque jour pendant des semaines, sans autre décision à prendre que l'heure du départ, produit un effet que peu d'autres voyages reproduisent.
Quelle route choisir pour un premier Camino ?
Le Camino Francés si vous avez cinq semaines et voulez de la compagnie et des services à chaque étape. Le Camino Portugués depuis Porto si vous n'avez que deux semaines : 240 kilomètres, un relief doux et une partie en bord de mer. Le Camino Primitivo si vous cherchez la montagne et la solitude, mais il demande de l'entraînement.
Quel budget pour faire le Camino ?
Entre 30 et 40 euros par jour en dormant en albergue et en mangeant le menu du pèlerin, soit environ 1 000 à 1 200 euros pour un Camino Francés complet, transport aller-retour non compris. Le lit en dortoir coûte de 10 à 25 euros selon qu'il est municipal, paroissial ou privé.
Quand partir sur le Camino de Santiago ?
Mai, juin et septembre sont les meilleurs mois : températures supportables, journées longues, albergues remplis sans être saturés. Juillet et août sont chauds sur la Meseta et bondés après Sarria. L'hiver reste possible sur le Portugués mais plusieurs albergues ferment et les cols du Francés peuvent être enneigés.


