
La Costa Brava
Deux cents kilomètres de roche et de pins entre Blanes et la frontière. La partie qu'on connaît est la moins belle, et elle occupe à peine un dixième du littoral.
La Costa Brava traîne une réputation faite dans les années soixante-dix par deux ou trois stations du sud, Lloret de Mar en tête. Elle est fondée, et elle ne dit presque rien de la côte : ces stations occupent une portion réduite d'un littoral qui s'étire sur deux cents kilomètres.
Le reste est une côte de schiste et de pins, découpée en centaines de criques, dont beaucoup ne se rejoignent qu'à pied. C'est cette partie qui vaut le voyage.
Une côte, deux visages
Au sud, de Blanes à Sant Feliu, la côte est la plus accessible depuis Barcelone et la plus construite. Lloret de Mar y concentre le tourisme de masse, et autant le savoir avant de réserver : ce n'est pas la Costa Brava des photographies.
Au nord de Sant Feliu, tout change. Le relief se redresse, les routes deviennent étroites, les villages redeviennent des villages, et la côte se replie en criques successives jusqu'au cap de Creus, point le plus oriental de l'Espagne continentale.
Les villages
Cadaqués et Portlligat
Le village le plus au nord et le plus isolé, atteint par une route de col qui décourage une partie des visiteurs, ce qui l'a préservé. Maisons blanches serrées autour d'une baie, ruelles pavées de galets, et une lumière que les peintres viennent chercher depuis un siècle. À un kilomètre, Portlligat abrite la maison de Salvador Dalí, faite de cabanes de pêcheurs réunies, qui se visite sur réservation et par petits groupes.
Les trois villages de Palafrugell
Calella de Palafrugell, Llafranc et Tamariu se suivent sur quelques kilomètres et forment le cœur de la côte : arcades blanches au ras de l'eau, barques tirées sur la plage, et un sentier qui relie les trois. Au-dessus, le phare de Sant Sebastià donne la vue sur l'ensemble.
Tossa de Mar et Begur
Tossa de Mar possède la seule ville médiévale fortifiée conservée sur le littoral catalan : remparts et tours du douzième siècle plongeant directement dans la mer. Begur, un peu en retrait, est dominé par un château et entouré de maisons bâties par ceux qui avaient fait fortune à Cuba au dix-neuvième siècle.

Les criques
Il y en a des centaines, et la règle est simple : plus l'accès est difficile, plus la crique est belle et vide. Celles qui disposent d'un parking sont pleines à dix heures en août ; celles qui demandent vingt minutes de sentier ne le sont jamais.
Autour de Begur, Aiguablava, Sa Tuna et Aiguafreda alignent trois profils différents à quelques minutes les uns des autres. Plus au nord, la baie de Roses et le parc naturel des Aiguamolls de l'Empordà offrent des marais et des oiseaux migrateurs, un contraste total avec la roche.
Le camí de ronda
C'est l'héritage des chemins de surveillance côtière, empruntés autrefois par les douaniers autant que par les contrebandiers. Le sentier longe la mer au plus près, taillé dans la roche, avec des escaliers, des passages en corniche et des tunnels végétaux, et il relie les criques entre elles.
On n'a pas besoin de le faire en entier. Plusieurs sections tiennent en une heure ou deux : Calella à Llafranc, Tamariu à Aigua Xelida, Sa Riera à Aiguafreda. Chaussez autre chose que des tongs, prenez de l'eau, et partez tôt : la côte est exposée au soleil et il n'y a pas d'ombre sur les passages rocheux.

Le triangle Dalí
Le peintre est né, a vécu et est enterré dans cette région, et trois sites forment un circuit cohérent. Le théâtre-musée de Figueres, qu'il a conçu lui-même dans le théâtre incendié de sa ville natale, et où il repose dans la crypte. La maison de Portlligat, à Cadaqués, où il a réellement travaillé cinquante ans. Et le château de Púbol, qu'il a offert à Gala et où il ne pouvait entrer que sur invitation écrite d'elle.
Les paysages du cap de Creus, roches de schiste tordues par la tramontane, sont directement reconnaissables dans ses toiles : c'est le meilleur commentaire de son œuvre, et il est gratuit.
L'arrière-pays
Gérone mérite une journée entière : une vieille ville compacte au bord de l'Onyar, avec des maisons colorées suspendues au-dessus de la rivière, l'un des quartiers juifs médiévaux les mieux conservés d'Europe, et un escalier de cathédrale de quatre-vingt-dix marches que les tournages ont rendu familier.
Dans la plaine de l'Empordà, Peratallada et Pals sont deux villages médiévaux presque intacts, en pierre dorée, à quinze minutes de la mer. Et à Empúries, les vestiges d'une cité grecque puis romaine se visitent directement en bord de plage.
La Costa Brava demande une voiture

À table
La cuisine d'ici s'appelle le mar i muntanya, mer et montagne : elle marie sans complexe le poulet aux langoustines, la seiche aux boulettes de viande, le lapin aux escargots. C'est une tradition paysanne, pas une invention de chef, et elle explique pourquoi la région a produit tant de cuisiniers.
Trois produits portent une réputation nationale : la gamba de Palamós, crevette rouge pêchée au large et vendue au prix de l'or, les anchois de l'Escala, salés en fûts selon un procédé qu'on n'a pas modifié, et le suquet de peix, ragoût de poisson des pêcheurs, lié à la pomme de terre.
La DO Empordà produit des vins sur des terrasses balayées par la tramontane, en garnatxa et carinyena, et le vin doux de garnatxa de l'Empordà se boit au dessert. Enfin, c'est dans une crique près de Roses qu'un restaurant a redéfini la cuisine contemporaine pendant vingt ans avant de fermer en 2011 : il n'en reste rien à visiter, mais la région entière en a hérité une densité de bonnes tables rare.
Y aller, et circuler
Quand venir
Juin et septembre sont les deux bons mois : vingt-cinq degrés, une mer baignable, des criques où l'on trouve de la place et des villages qui respirent. Mai et octobre conviennent parfaitement pour la marche sur le camí de ronda, avec une mer encore fraîche.
Un phénomène local mérite d'être connu : la tramontane, un vent du nord sec et violent qui peut souffler plusieurs jours d'affilée, surtout autour du cap de Creus et de la baie de Roses. Elle nettoie le ciel et rend la lumière extraordinaire, mais elle rend aussi la plage impraticable et la navigation difficile.
Les autres costas espagnoles
Questions fréquentes sur la Costa Brava
Quels sont les plus beaux endroits de la Costa Brava ?
Cadaqués et sa baie blanche, le cap de Creus et ses roches sculptées par le vent, les trois villages de pêcheurs de Calella de Palafrugell, Llafranc et Tamariu, et la vieille ville fortifiée de Tossa de Mar. À l'intérieur, Peratallada et Pals sont deux villages médiévaux intacts, et Gérone mérite une journée entière.
Quelle est la différence entre la Costa Brava et la Costa Dorada ?
La Costa Brava s'étend au nord de Barcelone, de Blanes jusqu'à la frontière française : une côte rocheuse, découpée en criques, adossée à des collines de pins. La Costa Dorada commence au sud de Barcelone et offre l'inverse, de longues plages de sable fin et plates. Le nom brava, qui signifie sauvage, décrit exactement cette différence.
Quelle est la meilleure période pour aller sur la Costa Brava ?
Juin et septembre. La mer est déjà chaude en juin et le reste jusqu'en octobre, les criques restent accessibles et les villages ne sont pas saturés. Juillet et août concentrent l'essentiel de la fréquentation, avec des routes d'accès aux calas souvent fermées ou payantes et un stationnement très difficile.
Qu'est-ce que le camí de ronda ?
Un sentier littoral qui longe la côte au ras de l'eau, hérité des chemins de surveillance des douaniers et des contrebandiers. Il relie les criques entre elles par des escaliers taillés dans la roche et des passages en corniche. C'est le seul moyen d'atteindre beaucoup de calanques, et de loin le plus beau : plusieurs sections font moins de deux heures.
Comment aller sur la Costa Brava depuis la France ?
En voiture, la frontière est à une trentaine de kilomètres de Cadaqués et à une heure de Palafrugell. En train, l'AVE dessert Figueres et Gérone depuis Perpignan et Barcelone. L'aéroport de Gérone est le plus proche, celui de Barcelone à environ une heure trente de la partie centrale de la côte.



