La cathédrale La Seu de Palma de Majorque à l'heure dorée, le palais de l'Almudaina et le bassin du Parc de la Mar

Majorque

La plus visitée des îles espagnoles, et celle dont on parle le moins honnêtement. Commençons donc par ce qui cloche.

940 000
habitants à l'année
2011
la Tramuntana classée à l'UNESCO
1 445 m
au Puig Major
avril
le mois où revenir

Majorque souffre d'un problème de réputation à double détente : les tour-opérateurs en vendent une version balnéaire sans relief, et les voyageurs qui l'ont vue comme cela en repartent persuadés d'avoir fait le tour. Les deux se trompent, mais pas pour les raisons qu'on croit.

L'île a de vrais défauts, et ils sont concentrés : ils tiennent presque entièrement à deux mois de l'année et à une bande côtière de quelques kilomètres. Le reste du temps et du territoire, c'est une autre île.

Les inconvénients de Majorque

C'est la question la plus posée sur Majorque, et celle qu'un catalogue de séjours ne peut pas traiter. Voici la réponse.

Quand y aller

La bonne fenêtre va de la mi-avril à juin, puis de septembre à la mi-octobre : vingt-deux à vingt-huit degrés, une mer encore tiède en septembre, des routes de montagne dégagées et des tarifs qui redeviennent raisonnables.

Février est la saison secrète : les amandiers fleurissent en blanc sur toute la plaine centrale, l'île est vide, et les hôtels ouverts pratiquent des prix d'hiver. La mer est trop froide, mais ce n'est pas pour elle qu'on vient à cette date. C'est aussi le moment où les équipes cyclistes professionnelles s'y entraînent, ce qui en dit long sur la qualité des routes.

Le village de Valldemossa à Majorque, ses maisons de pierre étagées et le clocher de Sant Bartomeu, adossés à la Serra de Tramuntana
Valldemossa, où Chopin et George Sand ont passé l'hiver 1838. Le village est adossé à la Tramuntana, classée au patrimoine mondial pour ses terrasses de pierre sèche.

La Serra de Tramuntana

Une chaîne de quatre-vingt-dix kilomètres qui longe toute la côte nord, classée au patrimoine mondial en 2011 comme paysage culturel.

Ce qui est classé n'est pas la montagne mais ce que les hommes en ont fait : des siècles de terrasses en murets de pierre sèche, de canaux d'irrigation hérités de la période arabe, d'oliveraies accrochées à la pente. Le Puig Major culmine à mille quatre cent quarante-cinq mètres, mais son sommet est militaire et fermé.

Sóller et son train

Un train à voitures de bois relie Palma à Sóller depuis 1912, en une heure, par treize tunnels percés dans la montagne. La ligne avait été financée par les producteurs d'agrumes de la vallée, isolés du reste de l'île par la chaîne : c'est une infrastructure agricole devenue une attraction, et cela s'entend au bruit du bois.

À l'arrivée, un tramway d'époque descend les cinq kilomètres qui séparent le bourg de son port, au milieu des orangers puis le long du front de mer. Le billet se prend séparément du train, et l'aller-retour occupe la matinée sans qu'on ait à conduire une seule fois.

Marcher : la Ruta de Pedra en Sec

Le GR 221, dit chemin de la pierre sèche, traverse toute la Tramuntana du sud-ouest au nord-est sur environ cent cinquante kilomètres, en huit étapes. Il emprunte les chemins muletiers, les canaux d'irrigation et les terrasses qui ont valu son classement à la chaîne, et il se parcourt de refuge en refuge.

Peu de marcheurs le font en entier. Des tronçons d'une journée suffisent : Deià à Sóller par le littoral, Valldemossa à Deià par l'archiduc, ou la montée au Puig de l'Ofre depuis le lac de Cúber. La bonne saison va de mars à mai, et d'octobre à novembre : en été, la pente au soleil est une épreuve.

Valldemossa et Deià

À Valldemossa, Chopin et George Sand ont passé l'hiver 1838 dans les cellules de la chartreuse. Elle en a tiré Un hiver à Majorque, livre assez peu aimable pour les habitants, qui le vendent aujourd'hui à l'entrée. Deià, quelques kilomètres plus loin, est le village où le poète Robert Graves a vécu et où il est enterré.

Sa Calobra et le cap de Formentor

La route de Sa Calobra descend huit cents mètres en lacets et se referme sur elle-même par une boucle complète, le nœud de cravate. En bas, le torrent de Pareis a creusé une gorge qu'on remonte à pied entre des parois de deux cents mètres.

Le cap de Formentor, à l'autre extrémité, termine l'île par une arête étroite jusqu'à un phare. L'accès en voiture y est réglementé pendant la haute saison, avec des navettes en remplacement : vérifiez les conditions de l'année avant de prendre la route.

La Tramuntana ne se visite pas sans voiture

Les bus desservent Palma et les grandes stations, pas les villages de montagne. Réservez des mois à l'avance pour l'été : les tarifs de dernière minute en août sont sans rapport avec le reste de l'année.
Le tramway de Sóller à Majorque, ses voitures de bois verni et ses passagers accoudés aux fenêtres ouvertes
Le tramway relie le bourg de Sóller à son port depuis 1913. Ni climatisation ni vitrage : les fenêtres s'ouvrent, et c'est le meilleur de la ligne.

L'intérieur, le Pla

Entre la montagne et la mer, une plaine agricole que presque personne ne traverse. C'est là que l'île vit à l'année.

Le centre de Majorque ne ressemble à rien de ce que vendent les brochures : des champs d'amandiers et de caroubiers, des moulins à vent en pierre, des villages de deux mille habitants où l'on parle majorquin et où aucun menu n'est traduit. Les distances y sont dérisoires, vingt à trente minutes d'un bourg à l'autre.

Sineu, le mercredi

Le marché de Sineu se tient tous les mercredis depuis le quatorzième siècle, et c'est le seul de l'île à avoir gardé sa fonction d'origine : on y vend des bêtes vivantes autant que des légumes et des outils. Il commence tôt et se démonte en début d'après-midi. Arrivez avant neuf heures, et garez-vous à l'extérieur du bourg.

Artà, Capdepera et le nord-est

Artà monte vers son sanctuaire par un escalier bordé de cyprès, et domine une campagne de murets et de moutons. Quelques kilomètres plus loin, Capdepera conserve une forteresse médiévale complète, avec un chemin de ronde qu'on parcourt entièrement pour quelques euros et d'où l'on voit Minorque par temps clair.

Au nord de ces deux villages, la presqu'île de Llevant est un parc naturel sans route goudronnée, avec des plages qu'on atteint à pied ou en 4×4 : Cala Torta, Cala Mitjana. C'est la partie la moins fréquentée du littoral majorquin.

Les grottes du Drach

Près de Porto Cristo, quatre grottes ouvertes au public abritent l'un des plus grands lacs souterrains d'Europe, le lac Martel. La visite se termine par un concert de musique classique joué depuis des barques, sur l'eau, dans le noir. C'est très mis en scène et parfaitement efficace, y compris avec des enfants.

Palma

Palma est une vraie ville, avec une vie qui ne dépend pas des saisons, et beaucoup de visiteurs la traversent sans s'y arrêter. Sa cathédrale, La Seu, a été commencée après la conquête de 1229 et porte deux signatures inattendues : Gaudí, qui y est intervenu entre 1904 et 1914, et le peintre Miquel Barceló, auteur en 2007 d'une chapelle en céramique qui représente la multiplication des pains.

Deux fois par an, début février et mi-novembre, le soleil traverse la grande rosace et projette son image juste sous celle du mur opposé, formant un huit de lumière. La cathédrale ouvre plus tôt ces matins-là, et il faut arriver bien avant.

Le château de Bellver, sur sa colline boisée à l'ouest, est le seul château circulaire d'Espagne. Bâti au quatorzième siècle comme résidence royale, il a servi de prison pendant des siècles, et sa cour ronde à deux niveaux d'arcades n'a aucun équivalent. La vue y embrasse toute la baie.

Le vieux Palma, à pied

Derrière la cathédrale, le quartier ancien se parcourt sans plan : cours de palais entrevues par des portails ouverts, patis à escalier de pierre, et les bains arabes du dixième siècle, seul vestige debout de la Madina Mayurqa. Le palais de l'Almudaina, en face de La Seu, est l'ancien alcázar musulman devenu résidence royale, et il se visite.

Le marché de l'Olivar approvisionne la ville depuis 1951 : poissons, charcuteries, et des comptoirs où l'on déjeune debout au milieu des étals. C'est l'endroit le plus honnête de Palma pour manger à midi.

Santa Catalina et Es Baluard

Santa Catalina, ancien village de pêcheurs devenu quartier de restaurants, concentre les meilleures tables de l'île autour de son marché couvert. Juste à côté, Es Baluard a installé un musée d'art contemporain dans les bastions Renaissance qui dominent le port : la terrasse, en accès libre, offre la meilleure vue sur la cathédrale.

Les plages, sans le piège

Les criques du sud-est, Caló des Moro et Cala s'Almunia, sont les plus photographiées d'Espagne et les plus décevantes en pratique : quelques dizaines de mètres de sable, un sentier d'accès raide, et une file continue dès huit heures du matin en été.

Mieux vaut viser Es Trenc, longue plage naturelle et protégée du sud, sans construction derrière, ou les criques de la côte nord autour de Cala Sant Vicenç. Et garder à l'esprit qu'en avril ou en octobre, les mêmes criques célèbres sont presque vides.

Les quatre littoraux de l'île

Le nord, autour des baies d'Alcúdia et de Pollença, aligne de longues plages de sable à pente très douce : c'est le secteur des familles, et la mer y reste peu profonde sur des dizaines de mètres. Le sud-est, de Santanyí à Cala d'Or, découpe la côte en criques de pins, plus belles et plus saturées.

Le sud garde les deux plages naturelles de l'île, Es Trenc et Es Carbó, sans une construction derrière, accessibles à pied depuis un parking payant. Et l'ouest, du côté de la Tramuntana, n'offre presque que des criques de galets encaissées, superbes et inconfortables : Deià, Banyalbufar, Estellencs.

Les plus belles plages d'Espagne

Une baie de Majorque aux eaux turquoise, bordée d'un front d'hôtels et vue depuis la promenade ombragée de tamaris
La côte construite, celle que vendent les catalogues. Elle occupe une fraction du littoral, et l'île commence là où elle s'arrête.

À table

Une cuisine d'île pauvre devenue une cuisine de terroir : du porc, des légumes, de l'huile d'olive et beaucoup de pain.

Le pa amb oli est le plat national majorquin et il tient en trois ingrédients : du pain brun frotté de tomate de branche, de l'huile d'olive, du sel. On le sert avec du jambon, du fromage de Maó ou de la sobrassada, et il coûte trois fois moins cher dans un village de l'intérieur que sur un front de mer.

La sobrassada est une charcuterie à tartiner, du porc noir majorquin longuement séché avec du paprika, protégée par une indication géographique. Le tumbet superpose pommes de terre, aubergines et poivrons frits sous une sauce tomate, et le frit mallorquí réunit abats, pommes de terre et fenouil dans la poêle.

Côté sucré, l'ensaïmada est une spirale feuilletée au saindoux, vendue en boîte ronde que les Majorquins emportent sur le continent comme on emporte un cadeau. Et l'île produit du vin sous deux appellations, Binissalem et Pla i Llevant, sur des cépages qu'on ne trouve qu'ici, le manto negro et le callet.

Les plats espagnols qui comptent

Se déplacer

L'île fait cent kilomètres de large, mais les routes de montagne sont lentes : une heure de trajet y est vraiment une heure.

Le budget d'une semaine

Hors transport aérien, une semaine en haute saison revient à sept cents ou mille euros par personne pour un hôtel de catégorie moyenne, une voiture partagée et les repas. En avril ou en octobre, la même semaine tombe entre quatre cents et six cents euros, essentiellement parce que l'hébergement et la location de voiture s'effondrent.

Ajoutez l'écotaxe, prélevée par nuit et par personne au bénéfice de projets environnementaux, plus élevée en été et réduite hors saison. Côté table, un pa amb oli ou un tumbet dans un village de l'intérieur coûte la moitié du même plat sur le front de mer.

Le budget d'un voyage en Espagne

Questions fréquentes sur Majorque

Quels sont les inconvénients de Majorque ?

La foule et les prix en juillet et en août, quand l'île reçoit plusieurs fois sa population en visiteurs simultanés. L'aéroport de Palma sature, les routes de la Serra de Tramuntana se bouchonnent, et les calanques les plus photographiées se remplissent avant neuf heures du matin. À cela s'ajoutent la sécheresse récurrente, l'écotaxe, et une exaspération locale de plus en plus visible.

Quelle est la meilleure période pour aller à Majorque ?

De la mi-avril à juin, et de septembre à la mi-octobre. Vingt-deux à vingt-huit degrés, une mer encore chaude en septembre, et des routes de montagne praticables. Février offre autre chose : la floraison des amandiers, une île presque vide et des tarifs d'hiver, mais une mer trop froide pour se baigner.

Quel budget pour une semaine à Majorque ?

Hors vol, comptez environ 700 à 1 000 € par personne en haute saison pour un hôtel de catégorie moyenne, la voiture de location et les repas, et 400 à 600 € en avril ou en octobre. La voiture est le vrai poste variable : indispensable pour la Tramuntana, elle double parfois de prix entre mai et août. L'écotaxe s'ajoute par nuit et par personne.

Est-ce que ça vaut le coup d'aller à Majorque ?

Oui, à condition de ne pas y aller en août et de sortir de la côte. La Serra de Tramuntana est un paysage culturel classé à l'UNESCO, avec des villages de pierre, des terrasses de murets secs et des routes parmi les plus belles d'Europe. L'île qu'on voit dans les brochures de tour-opérateur et celle-là n'ont presque rien en commun.

Que voir à Majorque en dehors des plages ?

La Serra de Tramuntana et ses villages de pierre, Valldemossa, Deià et Sóller, reliés à Palma par un train de 1912. Palma elle-même, sa cathédrale où Gaudí est intervenu et son château circulaire. Le marché aux bestiaux de Sineu, le mercredi, tenu depuis le quatorzième siècle. Et les grottes du Drach, dont le lac souterrain accueille un concert joué depuis des barques.

Combien de jours faut-il pour visiter Majorque ?

Une semaine pour voir l'essentiel sans courir : deux jours à Palma et dans le sud, trois dans la Tramuntana, deux pour les plages du nord ou du sud-est. Dix jours permettent d'ajouter l'intérieur, la presqu'île de Llevant et une journée de marche sur le GR 221. En dessous de cinq jours, mieux vaut choisir un seul secteur que traverser l'île tous les jours.

Faut-il louer une voiture à Majorque ?

Pour Palma et une plage, non : les bus suffisent et le stationnement en ville est pénible. Pour la Tramuntana, Sóller, Deià, Sa Calobra et le cap de Formentor, oui, sans hésiter. Réservez des mois à l'avance pour l'été : les tarifs de dernière minute en août atteignent des montants absurdes.