
Que faire en Espagne
Des façons de vivre le pays, plutôt qu'une liste de villes. Ce qu'on vient y faire, où le faire vraiment, et à quel moment de l'année.
La plupart des guides répondent à cette question par une liste de villes. C'est utile pour choisir où aller, beaucoup moins pour savoir ce qu'on va y faire.
L'Espagne se vit en six registres : un patrimoine sans équivalent en Europe, une table qui change tous les deux cents kilomètres, une musique qui n'est pas un folklore, des fêtes qui arrêtent des villes entières, un chemin de mille ans, et huit mille kilomètres de côtes. Cette page les prend un par un.
Entrer dans les monuments
L'Alhambra de Grenade est l'expérience que personne ne regrette. Palais nasride, jardins du Generalife, forteresse : il faut compter une demi-journée pleine, et les billets partent plusieurs semaines à l'avance. Sans billet daté, on ne voit que les jardins.
La Mezquita de Cordoue superpose une mosquée du huitième siècle et une cathédrale plantée en son milieu au seizième. La forêt de huit cents colonnes et d'arcs bicolores ne ressemble à rien d'autre. C'est aussi le monument le plus calme des trois, tôt le matin.
La Sagrada Família se visite de l'intérieur, en fin d'après-midi, quand les vitraux de la façade ouest projettent la lumière sur les colonnes. Vue seulement de l'extérieur, elle déçoit souvent.
Trois autres méritent d'être cités. L'Alcázar de Séville est le palais royal encore en usage le plus ancien d'Europe, et ses jardins valent la visite autant que les salles mudéjares. Tolède se visite comme une ville entière plutôt que comme un monument : chrétienne, juive et musulmane superposées dans les mêmes rues, à trente-trois minutes de Madrid en train. Le Guggenheim de Bilbao, enfin, a changé le destin d'une ville industrielle en une seule construction, et le bâtiment de Gehry se regarde de l'extérieur autant que de l'intérieur.
Manger, debout de préférence
Les pintxos basques
À San Sebastián et Bilbao, on ne s'attable pas : on entre, on prend un pintxo et un verre au comptoir, on paie, on ressort, on recommence au bar suivant. Trois ou quatre adresses font un dîner. C'est la meilleure façon de manger du pays, et l'une des plus abordables.
Les tapas andalouses
Le même principe, en plus lent et en plus chaud. À Grenade, la tapa est encore offerte avec la consommation, un usage qui a disparu presque partout ailleurs. À Séville, le quartier de Triana et la rue Feria valent mieux que le centre.
La paella, et le malentendu
La paella est valencienne, se mange le midi, jamais le soir, et ne contient traditionnellement ni chorizo ni fruits de mer mêlés à la viande. Une carte qui propose une paella à toute heure avec photo est un signal fiable qu'il faut aller ailleurs.
Le vin, sans le folklore
La Rioja reste la région la plus connue, mais la Ribera del Duero produit des rouges plus puissants, et le Priorat catalan des vins de schiste rares. Le Xérès, lui, est le plus mal compris des vins espagnols : un fino ou une manzanilla se boivent frais, secs, à l'apéritif, et n'ont rien à voir avec le sherry sucré vendu à l'étranger. Beaucoup de bodegas se visitent, souvent sur rendez-vous.

Voir un vrai flamenco
Le flamenco n'est pas un folklore reconstitué pour les cars de touristes, même si une bonne partie de l'offre visible l'est devenue. La différence se repère facilement : une vraie salle compte quelques dizaines de places, ne sert pas de dîner pendant la représentation, et ne programme pas six séances par soir.
Les trois villes où la scène reste vivante sont Séville, Jerez de la Frontera, qui est le berceau de plusieurs familles cantaoras, et Grenade, où le flamenco gitan du Sacromonte se pratique dans des grottes aménagées. Une peña, l'association locale d'amateurs, offre souvent la meilleure soirée, et la moins chère.
Tomber au milieu d'une fête
| Mois | Quoi | Où |
|---|---|---|
| Mars | Les Fallas de Valence | Valence |
| Avril | Semaine sainte, puis Feria de Séville | Andalousie |
| Mai | Patios de Cordoue, Camino au meilleur | Cordoue, Nord |
| Juillet | San Fermín, festivals du Nord | Pampelune |
| Août | La Tomatina, fêtes de village | Buñol |
| Septembre | Vendanges, mer encore chaude | Rioja, côtes |
Marcher vers Compostelle
Le Camino Francés, huit cents kilomètres depuis Saint-Jean-Pied-de-Port, est le plus fréquenté et le mieux équipé. Il demande environ cinq semaines complètes, mais rien n'oblige à tout faire : la majorité des marcheurs en parcourent une portion, et les cent derniers kilomètres depuis Sarria suffisent à obtenir la Compostela.
Les autres routes changent complètement l'expérience. Le Camino del Norte longe la côte atlantique, plus dur et bien plus solitaire. La Vía de la Plata traverse l'Estrémadure du sud au nord, presque vide. Le choix se fait sur le temps disponible et sur le degré de solitude recherché.

La mer, selon ce que vous cherchez
La Costa Brava offre des criques entre les pins et un chemin de ronde qui la longe à pied sur des dizaines de kilomètres. Les Baléares ajoutent la montagne à la plage, en particulier au nord de Majorque. La Costa del Sol garantit le soleil hors saison, quand tout le reste du pays est frais.
Le nord atlantique est une autre affaire : plages larges, eau qui dépasse rarement 20 °C, et la meilleure période exactement quand le sud devient invivable. La Playa de la Concha à San Sebastián et les plages des Asturies valent le déplacement pour le paysage plus que pour la baignade.
Avec qui vous partez
En couple
Grenade et Séville au printemps, quand les patios sont fleuris et les températures encore tenables. Une soirée dans une peña de flamenco plutôt qu'un dîner-spectacle. Le nord de Majorque hors saison, ou Cadaqués sur la Costa Brava, qui se vide dès septembre. Et une nuit en parador, qui transforme l'étape en événement.
En famille
Valence coche presque toutes les cases : plage urbaine, Cité des arts et des sciences, distances courtes, et le jardin du Turia qui se traverse à vélo sur neuf kilomètres. Les plages surveillées de la Costa Dorada et de la Costa del Sol fonctionnent bien, et un tronçon court du Camino, deux à trois jours, marche étonnamment bien à partir de dix ans. À éviter : les grandes ferias, qui commencent quand les enfants se couchent, et l'intérieur andalou en plein été.
Entre amis
Le circuit des pintxos à San Sebastián est fait pour un groupe : on change de bar à chaque verre, personne ne s'installe. Madrid pour les nuits qui ne finissent pas, la Costa Brava pour un road trip sans avion, et les ferias andalouses, qui se vivent bien mieux à plusieurs qu'en couple.
Seul
Le Camino est probablement le meilleur voyage solo d'Europe : on part seul, on ne le reste jamais longtemps, et l'hébergement en albergue règle la question de l'isolement comme celle du budget. Les villes andalouses, où l'on mange debout au comptoir, se pratiquent aussi très bien sans compagnie.
Quoi faire, et quand
Le patrimoine andalou se visite au printemps et à l'automne, jamais en plein été. Les fêtes suivent un calendrier fixe qui décide souvent des dates du voyage. La mer méditerranéenne est praticable de juin à début octobre, l'atlantique en juillet et août seulement. Le Camino se marche de mai à septembre, avec une préférence pour mai et septembre, quand les albergues ne sont pas pleins.
Un seul mois permet à peu près tout à la fois : septembre. La mer est encore chaude, l'intérieur redevient supportable, les vendanges commencent en Rioja, et les prix retombent après le 15.
Questions fréquentes sur les expériences en Espagne
Qu'est-ce qui vaut vraiment le coup en Espagne ?
Trois choses reviennent dans tous les récits de voyage : l'Alhambra de Grenade, qui n'a pas d'équivalent en Europe, un vrai spectacle de flamenco dans une salle de cinquante places plutôt qu'un dîner-show, et une soirée de tapas ou de pintxos dans un quartier où l'on change de bar à chaque verre. Le reste dépend de vos goûts, ces trois-là font consensus.
Quelles sont les meilleures choses à faire en Espagne ?
Par ordre de ce qui marque le plus les voyageurs : visiter l'Alhambra et la Mezquita de Cordoue, manger des pintxos debout à San Sebastián, assister à une feria andalouse, marcher au moins quelques étapes du Camino de Santiago, et voir la Sagrada Família de l'intérieur en fin d'après-midi, quand les vitraux prennent la lumière.
Combien de temps faut-il pour voir l'essentiel de l'Espagne ?
Une semaine permet de couvrir une région et deux ou trois expériences fortes. Dix jours autorisent deux régions. Vouloir voir l'Andalousie, Barcelone et le Pays basque en une semaine revient à passer la moitié du séjour en transport, pour une impression de survol.
Que faire en Espagne quand il fait trop chaud ?
De juillet à début septembre, l'intérieur andalou dépasse régulièrement 40 °C. Deux stratégies fonctionnent : monter au nord, où le Pays basque, la Cantabrie, les Asturies et la Galice sont à leur meilleur exactement à ce moment, ou adopter le rythme local, visiter tôt le matin, s'arrêter de 14 h à 18 h, et ressortir le soir, quand les villes andalouses reprennent vie.
Que faire en Espagne en famille ?
La Cité des arts et des sciences de Valence, les plages surveillées de la Costa Dorada et de la Costa del Sol, et les villes qui se parcourent à pied comme Séville ou Grenade. Les grandes ferias sont spectaculaires mais tardives, elles conviennent mal aux jeunes enfants. Un tronçon court du Camino, deux ou trois jours, fonctionne très bien à partir de dix ans.



