
Le Camino Francés
780 kilomètres, 33 étapes, cinq semaines. Voici comment le chemin se découpe réellement, où il fait mal, et ce qui change à partir de Sarria.
Le Camino Francés est la plus fréquentée des six routes vers Compostelle, et la mieux équipée : on y trouve un albergue tous les cinq à dix kilomètres, ce qui n'est vrai d'aucun autre chemin.
Compter environ 780 kilomètres et cinq semaines pour le faire entier, à 22 ou 25 kilomètres par jour. Mais rien n'oblige à tout faire, et la majorité des marcheurs n'en parcourent qu'une section.
Les six sections du chemin
| Section | Distance | Durée | Ce qu'on y traverse |
|---|---|---|---|
| Saint-Jean → Pampelune | 70 km | 3 j | Le franchissement des Pyrénées, le plus dur du parcours |
| Pampelune → Logroño | 90 km | 4 j | Vignes de Navarre, Puente la Reina et son pont roman |
| Logroño → Burgos | 120 km | 5 j | La Rioja, puis l'entrée en Castille |
| Burgos → León | 180 km | 8 j | La Meseta : plat, nu, le tronçon qui fait renoncer |
| León → O Cebreiro | 160 km | 7 j | Astorga, la Cruz de Ferro, la montée en Galice |
| O Cebreiro → Compostelle | 155 km | 6 j | Collines galiciennes, Sarria, l'arrivée |
Source · Distances indicatives, variables selon les variantes empruntées.
Où le chemin fait mal
Le premier jour, la route Napoléon
De Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux, vingt-cinq kilomètres et près de mille quatre cents mètres de dénivelé positif : c'est de très loin l'étape la plus dure du parcours, et elle tombe le premier jour, sur des jambes non rodées. La variante par Valcarlos, plus basse, existe et devient obligatoire en cas de neige ou de brouillard.
La Meseta, entre Burgos et León
Cent quatre-vingts kilomètres de plateau castillan, plat, nu, sans ombre, avec des villages espacés. C'est le tronçon où l'on renonce le plus, et celui que beaucoup sautent en bus. C'est aussi, pour d'autres, le cœur même du chemin : l'endroit où il n'y a plus rien à regarder et où la marche devient autre chose. Personne n'est neutre à son sujet.
La montée sur O Cebreiro
À l'entrée de la Galice, une grimpée sèche jusqu'à environ 1 300 mètres, sur un versant souvent dans les nuages. En haut, un hameau de pallozas, ces maisons rondes de pierre couvertes de chaume, et le sentiment très net d'avoir changé de pays.

Les villes traversées
Pampelune et Logroño
Pampelune arrive au quatrième jour, et le chemin entre par le pont de la Magdalena et le portail de France, exactement comme au Moyen Âge. C'est la première vraie ville, et le bon endroit pour remplacer ce qui s'est déjà révélé inutile dans le sac. Logroño, capitale de la Rioja, s'atteint une semaine plus tard : la calle Laurel y aligne des dizaines de bars à pinchos sur deux rues, et c'est la meilleure soirée du parcours.
Burgos et León
Ces deux villes encadrent la Meseta et méritent chacune une journée d'arrêt. La cathédrale de Burgos est classée à elle seule au patrimoine mondial, et le Cid y est enterré. Celle de León conserve mille huit cents mètres carrés de vitraux, la plus grande surface vitrée d'Espagne, et il faut y entrer en fin d'après-midi quand le soleil traverse la rose ouest.
Beaucoup de marcheurs prennent leur unique jour de repos dans l'une des deux. C'est un bon calcul : la Meseta se traverse mieux avec des jambes fraîches, et les deux villes ont ce que les villages n'ont pas, à commencer par un pharmacien et un cordonnier.

Les plus belles parties
La traversée des Pyrénées, quand le temps le permet : on monte dans les estives, la frontière ne se voit pas, et l'on bascule sur Roncevaux par une hêtraie.
La Rioja, entre Logroño et Santo Domingo de la Calzada, où le chemin traverse les vignes et les bodegas. C'est la section la plus douce du parcours, et la mieux nourrie.
La Cruz de Ferro, point le plus haut du chemin à environ 1 500 mètres, où les marcheurs déposent depuis des siècles une pierre apportée de chez eux. Le tas qui en résulte est devenu une colline.
L'entrée en Galice, enfin, par O Cebreiro : le granit remplace la brique, il se met à pleuvoir, et les cent derniers kilomètres commencent.
Une journée type
On se lève entre cinq heures et demie et sept heures, souvent réveillé par les autres : dans un dortoir, le premier sac qui se referme réveille tout le monde. On marche deux ou trois heures avant le petit-déjeuner, pris dans le premier bar ouvert, puis on continue jusqu'au début de l'après-midi. Les vingt-cinq kilomètres sont généralement bouclés entre treize et quinze heures.
Suit une séquence identique partout : douche, lessive à la main, sieste, soins des pieds, puis le menú del peregrino vers dix-neuf heures, une dizaine d'euros pour trois plats et du vin. La plupart des albergues éteignent à vingt-deux heures et ferment leur porte : arriver après, c'est dormir dehors.
À partir de Sarria
Cent kilomètres à pied suffisent pour obtenir la Compostela, le certificat délivré à l'arrivée. Sarria étant la dernière ville avant ce seuil, à 115 kilomètres de Compostelle, elle concentre chaque été un afflux considérable de marcheurs qui commencent là.
Concrètement, la fréquentation change du tout au tout : les albergues se remplissent avant midi, les groupes apparaissent, et l'atmosphère des semaines précédentes se dissipe. Ceux qui viennent de Saint-Jean le vivent souvent mal. Deux parades : partir très tôt, ou décaler ses étapes d'une demi-journée pour dormir dans les villages intermédiaires plutôt qu'aux points d'arrêt classiques.
Ce qu'on emporte
Deux objets divisent les marcheurs. Les bâtons soulagent réellement les genoux dans les descentes, celle de Roncevaux et celle du Cebreiro en particulier, et encombrent le reste du temps. Et le téléphone : le chemin est balisé par des flèches jaunes de bout en bout, sans aucune ambiguïté, et une application de navigation n'y sert à rien.
Questions fréquentes sur le Camino Francés
Quelle est la distance du Camino Francés ?
Environ 780 kilomètres de Saint-Jean-Pied-de-Port à Saint-Jacques-de-Compostelle, selon les variantes empruntées. Le découpage classique compte 31 à 33 étapes, soit cinq semaines de marche à raison de 22 à 25 kilomètres par jour. En partant de Sarria, il reste 115 kilomètres, soit cinq à six jours.
Quelles sont les étapes du Camino Francés ?
Le chemin se lit mieux en six sections qu'en trente-trois étapes : la traversée des Pyrénées jusqu'à Pampelune, la Navarre et la Rioja jusqu'à Burgos, la Meseta jusqu'à León, la montée vers O Cebreiro et l'entrée en Galice, puis les collines jusqu'à Compostelle. Chaque section a son rythme et sa difficulté propre.
Quelle est la difficulté du Camino Francés ?
Physiquement, deux tronçons se détachent : la première journée par la route Napoléon, avec près de 1 400 mètres de dénivelé positif sur 25 kilomètres, et la montée sur O Cebreiro à l'entrée de la Galice. Le reste est modéré. La vraie difficulté est ailleurs : c'est la répétition, jour après jour, et la Meseta, plate et sans ombre, où beaucoup renoncent ou prennent le bus.
Quelle est la plus belle partie du Camino Francés ?
Trois tronçons font consensus : la traversée des Pyrénées le premier jour, quand le temps le permet, la Rioja entre Logroño et Santo Domingo pour ses vignes, et l'entrée en Galice par O Cebreiro, avec ses hameaux de pierre et de chaume. Les avis divergent sur la Meseta, que certains tiennent pour le meilleur du chemin et d'autres pour une épreuve.
Peut-on faire le Camino Francés à vélo ?
Oui, en dix à quatorze jours, et une part notable des pèlerins le fait. Il faut 200 kilomètres à vélo au lieu de 100 à pied pour obtenir la Compostela. Certains passages techniques se contournent par la route, et les albergues donnent en général la priorité aux marcheurs en fin d'après-midi.
Faut-il réserver les albergues sur le Camino Francés ?
Les albergues municipaux ne prennent pas de réservation et fonctionnent au premier arrivé. De juin à septembre, et surtout après Sarria, la pratique consiste à partir tôt pour arriver en début d'après-midi. Les albergues privés, eux, se réservent et servent de filet de sécurité.

