Les Cuatro Torres du quartier d'affaires de Madrid, dominant les immeubles d'habitation du quartier

Travailler en Espagne

Le pays recrute, mais pas partout et pas à n'importe quel prix. Voici ce que les brochures d'expatriation ne disent pas.

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mensualités de salaire par an
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permis de travail requis pour un Français
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villes qui recrutent des francophones
2023
la réforme des cotisations d'autónomo

S'installer en Espagne pour y travailler et s'y installer avec un revenu étranger sont deux projets très différents. Le second est simple. Le premier demande de regarder en face un marché du travail qui n'a pas les mêmes caractéristiques que le marché français.

L'essentiel tient en une phrase : le chômage y reste structurellement plus élevé qu'en France et les salaires nettement plus bas, ce qui ne rend pas le projet mauvais, mais impose de viser les bons secteurs.

L'état du marché

Le marché espagnol s'est beaucoup amélioré depuis la crise de 2012, mais il conserve deux traits durables.

L'Espagne affiche depuis des décennies l'un des taux de chômage les plus élevés de l'Union européenne, et le chômage des jeunes y reste particulièrement haut. La situation s'est nettement redressée depuis le creux de 2013, mais l'écart avec la moyenne européenne persiste.

Second trait, en voie de correction : la précarité. La réforme du travail de 2022 a fait du contrat à durée indéterminée la norme et fortement restreint l'usage des contrats temporaires, très répandus jusque-là. Le contrat saisonnier a été remplacé par le fijo discontinuo, un CDI à périodes d'activité, ce qui a changé la donne dans le tourisme.

Les salaires

Le salaire minimum interprofessionnel tourne autour de mille deux cents euros mensuels sur cette base de quatorze paies, et il a beaucoup augmenté depuis 2019. Le salaire médian reste sensiblement inférieur au médian français, avec un écart plus marqué sur les postes qualifiés que sur les postes d'exécution.

À mettre en regard du coût de la vie : hors de Madrid et de Barcelone, le logement coûte nettement moins cher, ce qui compense en partie. Dans ces deux villes, en revanche, l'écart de salaire n'est plus compensé par l'écart de loyer.

Le coût de la vie en Espagne, ville par ville

Ce qu'il faut obtenir

Le détail des démarches d'installation

Les secteurs qui recrutent des francophones

Quatre viviers où le français est un atout réel, et non un simple bonus sur un CV.

La relation client, à Barcelone, Malaga et Valence

C'est le débouché le plus accessible et le plus méconnu. De nombreuses entreprises européennes ont regroupé leurs services clients et leurs centres de services partagés en Espagne, et recrutent en permanence des locuteurs natifs français. L'espagnol n'y est pas toujours exigé à l'embauche, les salaires sont modestes, et c'est souvent la porte d'entrée qui permet de s'installer puis de bouger.

La tech

Madrid et Barcelone concentrent l'essentiel, mais Malaga est l'histoire des dix dernières années : la ville a attiré des centres de développement et de cybersécurité de grands groupes internationaux, au point qu'on parle de Málaga Valley. Les salaires y restent inférieurs aux niveaux français, l'écart de coût de la vie aussi.

Le tourisme, et l'enseignement

L'hôtellerie et la restauration recrutent massivement sur les côtes et dans les îles, avec une forte saisonnalité désormais encadrée par le contrat fijo discontinuo. Côté enseignement, les lycées français, les écoles internationales et les instituts de langues cherchent régulièrement des professeurs, et la demande est stable.

Les façades de la Gran Vía de Madrid
Madrid et Barcelone concentrent l'essentiel de l'emploi qualifié. Ailleurs, le marché est plus étroit et l'offre en français y est rare.

Le statut d'autónomo

C'est l'équivalent du travailleur indépendant, et il fonctionne différemment du régime français. Depuis 2023, la cotisation mensuelle n'est plus un forfait unique : elle dépend de tranches de revenu net déclaré, avec une régularisation annuelle si le revenu réel s'écarte de la tranche choisie.

Une tarifa plana très réduite s'applique la première année d'activité, et parfois la deuxième selon le niveau de revenu. Passé ce délai, la cotisation remonte par paliers.

Télétravail et fiscalité d'arrivée

Le visa nomade numérique, créé par la loi sur les start-up de 2022, s'adresse aux ressortissants hors Union européenne travaillant à distance pour un employeur étranger. Un Français n'en a pas besoin et n'y est pas éligible : il s'installe librement.

Ce qui peut en revanche concerner un Français, c'est le régime fiscal spécial des travailleurs nouvellement arrivés, souvent appelé loi Beckham : une imposition forfaitaire des revenus du travail pendant plusieurs années, au lieu du barème progressif. Les conditions sont strictes, notamment sur les années de non-résidence préalables, et le régime exclut généralement les indépendants. C'est un point à faire vérifier, pas à décider seul.

La fiscalité espagnole pour un résident français

Compte bancaire et couverture santé

Un compte capable de recevoir des euros avec un IBAN local et de recevoir des paiements étrangers simplifie beaucoup la première année, le temps d'ouvrir un compte espagnol classique, qui exige un NIE.

Les horaires, et la langue

La jornada partida, la journée coupée, reste répandue hors des grandes entreprises : on travaille le matin, on s'arrête deux heures ou plus à midi, et on reprend jusqu'à dix-neuf ou vingt heures. Beaucoup de Français la trouvent difficile à vivre, parce qu'elle repousse la soirée à vingt et une heures. Les grandes entreprises passent progressivement à la journée continue.

Sur la langue, une seule règle : hors des niches francophones décrites plus haut, un espagnol professionnel courant est indispensable. En Catalogne, au Pays basque et en Galice, la langue régionale devient un critère réel pour les emplois publics et une partie du secteur privé.

Le contrat de travail

Le droit du travail espagnol a ses propres règles, et trois d'entre elles n'ont pas d'équivalent français.

La première est le convenio colectivo. Presque tous les secteurs et beaucoup de provinces sont couverts par une convention collective qui fixe les salaires minimaux, les horaires et les congés, et elle prime sur le contrat individuel. Avant d'accepter un poste, il faut savoir de quel convenio il relève : c'est lui, et non l'employeur, qui détermine une grande partie des conditions.

La deuxième est la paga extra. Le salaire annuel est traditionnellement versé en quatorze mensualités, deux d'entre elles tombant en été et à Noël, sauf répartition prorrateada sur douze mois. Un salaire annoncé « en douze fois » et un autre « en quatorze fois » ne se comparent donc pas mensuellement : c'est le montant annuel brut qui compte.

La troisième est la réforme de 2022, qui a restreint le contrat temporaire : le contrat à durée indéterminée est désormais la règle, et le temporaire limité à des motifs précis. La proportion de contrats précaires a sensiblement baissé depuis, tout en restant supérieure à la moyenne européenne. Les contrats fijo discontinuo, permanents mais saisonniers, sont très répandus dans le tourisme et méritent d'être compris avant signature.

Le musée Guggenheim de Bilbao au bord du Nervión
Au Pays basque, en Catalogne et en Galice, la deuxième langue officielle est exigée ou fortement valorisée dans la fonction publique et l'enseignement.

La langue, et les diplômes

Hors des postes internationaux, l'espagnol est une condition d'accès, pas un plus. Le français est un atout sectoriel, dans les centres de relation client, le tourisme et les filiales de groupes français, mais il ne remplace jamais la maîtrise de l'espagnol de travail. Dans plusieurs communautés autonomes, une deuxième langue officielle, le catalan, le basque ou le galicien, est exigée ou fortement valorisée dans la fonction publique et l'enseignement.

Côté diplômes, deux procédures distinctes existent et sont souvent confondues. L' homologation établit l'équivalence avec un diplôme espagnol déterminé et est nécessaire pour les professions réglementées, médecine, droit, architecture, enseignement. La déclaration d'équivalence se contente de situer le niveau, et suffit pour candidater dans le privé. Les délais de la première se comptent en mois, parfois en années : la démarche se lance avant le départ, pas après.

Les démarches d'installation

Questions fréquentes sur le travail en Espagne

Peut-on travailler en Espagne en tant que Français ?

Oui, sans permis de travail : la libre circulation s'applique. Il faut cependant obtenir un NIE, le numéro d'identification pour étranger, s'inscrire à la mairie de sa commune par l'empadronamiento, demander un numéro de sécurité sociale et s'enregistrer au registre central des étrangers au-delà de trois mois de séjour.

Quel est le salaire moyen en Espagne ?

Le salaire médian espagnol reste nettement inférieur au salaire médian français, et le salaire minimum tourne autour de 1 200 € mensuels. Particularité locale : la rémunération se verse en quatorze mensualités, avec une paie supplémentaire en juillet et une autre en décembre. Une annonce affichant un salaire annuel doit donc être divisée par quatorze, pas par douze.

Quels secteurs recrutent des francophones en Espagne ?

La relation client et les centres de services partagés, très demandeurs de français, principalement à Barcelone, à Malaga et à Valence. Ensuite le tourisme et l'hôtellerie, saisonniers, la tech à Madrid, Barcelone et Malaga, et l'enseignement du français. Hors de ces niches, un espagnol courant est indispensable.

Comment devenir autónomo en Espagne ?

En s'enregistrant auprès de l'administration fiscale et de la sécurité sociale. Depuis 2023, la cotisation mensuelle dépend de tranches de revenu net déclaré, et non plus d'un forfait unique. Une tarifa plana réduite s'applique la première année et parfois au-delà. Le régime est plus lourd qu'en France pour de faibles revenus, car la cotisation reste due même les mois sans chiffre d'affaires.

Le visa nomade numérique espagnol concerne-t-il les Français ?

Non. Ce titre créé en 2023 s'adresse aux ressortissants hors Union européenne qui travaillent à distance pour un employeur étranger. Un Français n'en a pas besoin : il s'installe librement. En revanche, le régime fiscal avantageux qui lui est parfois associé, dit loi Beckham, peut concerner certains salariés européens nouvellement arrivés, sous conditions strictes.